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Les Etats-unis de trump mènent la vie dure aux entreprises européennes de défense

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SECTEUR(S)

CATÉGORIE(S)

ENTRE POLITIQUE COMMERCIALE HOSTILE ET CONTRÔLE FERME DES EXPORTATIONS AMÉRICAINES, COMMENT FAIRE FACE AU PROTECTIONNISME DE TRUMP EN MATIÈRE D’ARMEMENT ?

 

 

SOUS COUVERT DE SÉCURITÉ NATIONALE, UN PROTECTIONNISME SANS PRÉCÉDENT

Après avoir laissé planer le doute au printemps dernier, les Etats-Unis ont confirmé le 31 mai leur volonté de mettre en place de nouveaux tarifs douaniers sur leurs importations d’aluminium et d’acier en provenance d’Europe, du Mexique et du Canada [1]. Cette surtaxe, à hauteur de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium, est justifiée par la principale préoccupation de Trump : la sécurité nationale, un motif rendant toute action à l’OMC impossible pour les pays visés.

Ce n’est évidemment pas la première fois que les Etats-Unis adoptent des mesures protectionnistes en faisant passer leurs intérêts avant ceux de leurs alliés, mais l’administration Trump dépasse les politiques protectionnistes de ses prédécesseurs par leur portée et par les pays visés : ses principaux alliés politiques et partenaires commerciaux.

Le 23 mai, la Maison-Blanche annonçait par ailleurs qu’elle allait étudier la possibilité de taxer les importations de voitures en provenance des pays européens en cas de représailles de ces derniers concernant les taxes sur l’acier et l’aluminium [2].

 

LA RÉGLEMENTATION ITAR, L’ARME DE GUERRE COMMERCIALE AMÉRICAINE

Un autre front de guerre commerciale touche directement les entreprises françaises de la défense et de l’armement. Dans la continuité de sa politique protectionniste, Trump poursuit sa croisade pour empêcher la France de vendre de l’armement contenant des éléments « Made in USA », tout en plaidant la sécurité intérieure pour justifier ses actions. Cependant, sur ce dernier point, les entreprises européennes ont des alternatives de plus en plus crédibles pour contourner les barrières érigées par les Etats-Unis.

Dans ce secteur, un des leviers les plus efficaces des Etats-Unis pour garder le contrôle des échanges de matériel de défense est la liste ITAR (International Traffic in Arms Regulations). En effet, ITAR regroupe l’ensemble des régulations américaines concernant les exportations des objets liés à la défense nationale, ce qui permet entre autres aux Etats-Unis de contrôler les transferts de technologie aux nations étrangères [3].

Quelles conséquences pour les entreprises françaises ? Cela entrave les exportations de Rafales français vers l’Egypte, par exemple. En 2015, la France et l’Egypte trouvent un accord pour la vente de l’avion de chasse de Dassault, équipé de missiles « Scalp » produit par MBDA [4]. Seulement, un des composants de ces missiles est fabriqué par une entreprise américaine, condition suffisante pour activer ITAR et permettre aux Etats-Unis d’exercer un veto sur la vente des Rafales. Sur fond de tensions entre Israël et l’Egypte, les Etats-Unis usent aussi de l’argument de la sécurité intérieure à des fins géopolitiques.
Le Rafale n’est pas un cas isolé et ce n’est pas non plus la première fois que les Etats-Unis font du forcing pour arbitrer les échanges internationaux en fonction de leurs intérêts, cette tendance tend à se confirmer avec la politique « America First » de Trump.

 

LES ALTERNATIVES ET DÉFIS À RELEVER POUR LES ENTREPRISES EUROPÉENNES

Pour la France et l’Europe plus généralement, l’application de ces lois extraterritoriales posent un réel problème de souveraineté. En ce sens, des solutions alternatives sont étudiées pour remédier à ces dépendances technologiques. La première d’entre elles serait d’utiliser du matériel entièrement « ITAR-free » européen et ainsi sortir de la zone d’intervention des Etats-Unis.

Cette option bien que coûteuse et requérant un niveau accru de collaboration entre les Etats européens a d’ores et déjà été adoptée par l’Agence Spatiale Européenne [5], qui, moyennant de lourds investissements, s’est donnée les moyens de produire des doublons européens des composants de la liste ITAR. De même, la France et l’Allemagne collaborent sur le projet MALE 2020, qui vise à fournir des drones à grande autonomie aux armées françaises, italiennes et allemandes.

La seconde alternative que les entreprises de défense européenne étudient de plus en plus concerne la Chine. Longtemps considérée comme « l’usine du monde », cette dernière a mis en place un plan de développement de son armée en misant sur l’innovation dans des domaines technologiques de pointe. Xi Jinping a d’ailleurs appelé l’armée à se moderniser d’ici 2035, et à être « une armée de classe mondiale » d’ici 2050 [6]. Sous l’impulsion de son leader, la Chine poursuit donc son rattrapage technologique, à tel point que 61% des entreprises européennes implantées dans le pays estiment que les sociétés chinoises sont autant, voire plus, innovantes qu’elles. Ainsi, de plus en plus de PME technologiques européennes font appel à des fournisseurs chinois qui tendent à rattraper les Etats-Unis en termes d’innovation produit et procédés, tout en présentant l’avantage de ne pas avoir de restrictions sur les exportations de matériels, notamment sur du matériel considéré comme « défense ».

 

Malgré tout, il faut noter que commercer avec la Chine sur de tels produits représente des risques si des précautions ne sont pas prises, notamment concernant les transferts de technologie que réclament souvent les autorités chinoises quand un accord est conclu avec une entreprise étrangère. L’établissement d’une stratégie solide permet de minimiser les risques liés au vol de savoir-faire, dans un environnement dans lequel plus de 48% des entreprises européennes trouvent qu’il est « devenu compliqué de faire du business » [7].

Ainsi, alors que Etats-Unis multiplient les actes de guerre commerciale à l’encontre de l’Europe et de la Chine, des alternatives nécessitant une collaboration internationale accrue existent, tant entre pays européens qu’avec la Chine, qui se voit devenir un leader technologique mondial dans les décennies à venir.

 

 

[1] France Info : interview de Lionel Fontagné (2 mars 2018)
[2] La Tribune : « Trump envisage des droits de douanes accrus sur les voitures européennes » (10 juin 2018)
[3] InfoGuerre : « Le rapport de force entre les industries spatiales américaines et européennes : l’enjeu de la réforme ITAR » (22 juin 2016)
[4], [5] La Tribune : « Réglementation ITAR : Etats-Unis, ces amis qui ne veulent pas que du bien à la France » (23 avril 2018)
[6] Les Echos : « Cette nuit en Asie : Pékin fixe ses priorités économiques pour 2018 » (5 mars 2018)
[7] Les Echos « En Chine, les entreprises européennes frappées par une concurrence locale de plus en plus innovante » (20 juin 2018)

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