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La fuite des données sur le Scorpène…

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Selon Julien Warlouzé directeur associé de J.W & Associés, cabinet de conseil en stratégie d’internationalisation, les fuites publiées dans la presse australienne risquent de compliquer les prochaines campagnes export de DCNS. Dans ce climat de guerre économique ambiant, vu les nombreux intervenants et sous-traitants qui participent aux grands programmes de défense, la divulgation de telles données sensibles est quasi inévitable. A condition de renforcer les mesures de protection de préparation de tels contrats, les transferts de technologies restent indispensables pour remporter de nouvelles commandes.

L’USINE NOUVELLE.- QUELLES PEUVENT ÊTRE LES CONSÉQUENCES POUR DCNS D’UNE TELLE FUITE DE DONNÉES, ET NOTAMMENT POUR LE CONTRAT AUSTRALIEN ?

Julien Warlouzé.- DCNS a été choisi en Australie car l’entreprise est spécialiste dans le déploiement de projets complexes à l’international. L’entreprise est capable de rassembler de multiples savoir-faire qui viennent d’entreprises françaises et étrangères, de transférer une partie des technologies à l’Australie. Mais aussi de faire externaliser la construction des sous-marins à 15 000 km de la France par des entreprises australiennes qui n’ont pour la plupart, jamais travaillé avec DCNS auparavant. Peu d’entreprises dans le monde disposent d’un tel savoir-faire dans l’ingénierie de projets. Entre détenir des données techniques volées et réussir à développer un savoir-faire de pointe dans la construction navale militaire, il y a un monde.

scorpene-dcns

Pour le contrat australien, le principal risque va venir des fortes protestations de la part de l’opposition australienne et de l’opinion public. L’octroi du contrat à DCNS a été un choix très politique en Australie. Initialement, le contrat devait revenir aux japonais suite à un accord entre Tony Abbott le premier Ministre Conservateur australien et Shinzo Abe, le premier ministre japonais. L’entreprise allemande TKMS a alors exercé un fort lobbying en Australie en mettant en avant la fabrication de ses sous-marins sur le sol australien. L’opinion publique australienne est très sensible à l’argument du « Made in Australia ». DCNS a plutôt joué la sobriété et la neutralité en mettant en avant les qualités techniques de son sous-marin. Le remplacement de Tony Abbott par Malcom Turnbull a permis de mettre l’offre japonaise de côté. La forte campagne de lobbying a finalement désavantagé les allemands. Le choix de la discrétion s’est avéré payant pour DCNS. Cependant, de nombreux australiens ont jugé le montant du contrat beaucoup trop élevé. Les informations dévoilées par le journal The Australian risque de mettre une importante pression sur le remplaçant de Tony Abbott, le conservateur Malcom Turnbull.

La proximité des Français et des Australiens avec les Américains est le principal gage pour la poursuite du contrat en Australie. Les Américains avaient donné leur aval aux français pour postuler à l’appel d’offres australien. Le but des américains, des français et des australiens est de développer une flotte de sous-marins capable de contenir les ambitions de la Chine dans le Pacifique et des Russes en Arctique.

Cette affaire va cependant rendre les négociations plus difficiles pour les prochains appels d’offres pour l’achat de sous-marins au Canada et en Norvège. L’avis de l’opinion publique dans ces deux pays est très important pour les contrats d’armement. L’argument avancé par les dirigeants canadiens et norvégiens pour faire accepter l’achat de sous-marins est l’importance de la souveraineté nationale. Si l’opinion publique apprend que des données stratégiques de DCNS ont été interceptées par la Russie, pays qui nourrit de fortes ambitions en Arctique, le poids de l’opinion publique de ces deux pays risque malheureusement de ne pas faire pencher la balance du côté de DCNS.

L’USINE NOUVELLE.- A-T-ON DÉJÀ VU DANS LE SECTEUR DE LA DÉFENSE, UN VOL DE DONNÉES TECHNIQUES AUSSI MASSIF SUR UN ÉQUIPEMENT AUSSI SENSIBLE QUE LES SOUS-MARINS ? 

Il y a effectivement de nombreux précédents, même si peu sont connus… Par exemple les Etats-Unis se sont eux-mêmes fait voler par les chinois des informations stratégiques sur le F-35, le très couteux projet d’avion de combat de l’armée américaine. Ce programme a couté 391 mds$ selon les estimations faites par le Pentagone en 2015). Les chinois leur ont également volé des informations sur le F-22, des plans des systèmes anti-missiles Patriot et des documents confidentiels sur le radar AEGIS qui équipe les destroyers américains.

Le vol de données, de documents stratégiques, de plans est très courant dans tous les secteurs économiques et notamment les plus stratégiques tels que la Défense, l’énergie ou le secteur des communications. Les entreprises et les Etats communiquent très peu sur les vols et piratages dont ils sont victimes. Il s’agit bien sûr d’éviter d’écorner l’image des entreprises victimes de ce vol mais également de comprendre le mode opératoire qui a été utilisé.

Les nombreux projets stratégiques dans la Défense induisent forcément des vols du fait de leur complexité. De très nombreux sous-traitants interviennent sur les projets, des centaines de personnes y sont directement impliquées et énormément de documents et de données sont échangés.  Tout cela rend difficile une sécurisation à 100% des informations stratégiques de l’entreprise.

D’autant plus que ces vols peuvent être faits à travers des piratages informatiques, des vols de matériels, de documents ou encore de l’espionnage. Ces problématiques sont généralement traitées par les entreprises. La principale difficulté des entreprises consiste à gérer le facteur humain, c’est-à-dire l’ensemble des négligences dont fait preuve le personnel et cela, malgré toute la politique de prévention mise en place par l’entreprise.

L’USINE NOUVELLE.- COMMENT UN INDUSTRIEL PEUT PROTÉGER SES DONNÉES SENSIBLES ALORS QUE LES CLIENTS ÉTRANGERS EXIGENT DES TRANSFERTS DE TECHNOLOGIES ?

C’est un travail complexe qui doit être mené au tout début du projet. Il faut savoir différencier les données stratégiques des données sensibles. La plupart des données sensibles seront exposées à un nombre incalculable de personnes, c’est un fait. La réflexion doit porter sur les données stratégiques. Certaines d’entre elles vont être transférées comme prévu par le contrat, d’autres ne seront pas transférées mais cependant utilisées pendant la construction. Sans trop rentrer dans les détails, une importante réflexion sur les circuits décisionnels, une préparation drastique des PME qui sont impliquées sur le projet et une sécurisation des données les plus sensibles est obligatoire. Toujours avec une prise en compte du facteur humain, le facteur le plus dur à contrôler.

L’exemple de DCNS ne doit pas être un procès contre les transferts de technologies. Si DCNS a décroché le contrat australien, c’est grâce aux transferts de technologies. De nombreuses entreprises françaises devraient s’en inspirer. Ces dernières au lieu de se lancer de façon aléatoire à l’international, mettent en place des stratégies de déploiement à l’international qui sont axées sur du transfert de technologies. Nous vivons aujourd’hui dans une économie de la connaissance où les entreprises françaises doivent, au lieu d’essayer de protéger leurs technologies contre les « méchants chinois », monétiser leurs patrimoines technologiques pour financer les projets innovants de demain.

Transférer des technologies permet de garder la matière grise en France et d’obtenir d’importants revenus de la part des entreprises qui exploitent le savoir de l’entreprise française. Les revenus obtenus permettent de continuer à innover et à garder une longueur d’avance. Le contrat australien va permettre à DCNS et à plus de 200 entreprises françaises d’avoir de l’activité pour les 50 prochaines années. Peu d’entreprises ont aujourd’hui ce luxe.

Lire l’article de Hassan Meddah paru dans l’Usine Nouvelle

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